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Trop vieille pour l'emploi, trop jeune pour la retraite : chronique d'une quinqua

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Margaux Gilquin, Le dernier salaire
Margaux Gilquin, Le dernier salaire

Subir un licenciement économique après 10 ans passés dans la même entreprise et rebondir pour trouver un emploi n’est pas simple passé 50 ans. C’est le cas de Margaux Gilquin, 55 ans. Pour Margaux, pour l’emploi des seniors, cette “décennie de l’enfer” comme elle l’appelle, “il y a urgence !". Elle est l'auteur du livre Le dernier salaire (chronique d'une quinqua en fin de droits) aux éditions Xo documents. Elle nous transmet avec beaucoup d'émotions, de colère et d'humour son parcours de candidat en recherche d’emploi. Margaux a bien voulu répondre à nos questions.


Jobijoba : Bonjour Margaux, pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

Je me destinais à une carrière militaire en tant que personnel médical. J'ai préparé mon concours durant quatre ans et je m'apprêtais à signer mon contrat lorsque j'ai croisé la route de mon futur mari. J'ai renoncé à cette carrière et étant non diplômée, j'ai occupé quelques jobs comme vendeuse de chaussures, femme de service dans une clinique puis standardiste, hôtesse d'accueil, dactylo, secrétaire. Début des années 90, j'ai profité d'une période de chômage pour passer mon bac, puis un diplôme d'assistante de cadres PME-PMI, et un BTS d'assistante de direction.


Jobijoba : Quel a été votre ressenti dans ce parcours du combattant de ce que vous appelez “la génération sacrifiée” ?

Vous définissez cette génération comme coincée, d’un côté, entre l’allongement de la durée de travail et le recul de l’âge de départ à la retraite, et de l’autre, une confrontation brutale au chômage de longue durée.


La filiale pour laquelle je travaillais à été rachetée et mon patron "remercié". Quelques mois plus tard, ce fut à mon tour d'être remerciée mais sans que les formes y soient mises. Je ne m'y attendais pas vraiment. Je me doutais qu'il allait se passer quelque chose mais ça ne s'est pas passé comme je l'avais imaginé et je ne m'y étais pas préparée convenablement. J'ai eu un choc. Celui de perdre mon travail, mon bureau, mes collègues du jour au lendemain. Je ne connaissais rien au marché de l'emploi après 10 ans de CDI je ne m'étais pas penchée sur la question ne prévoyant pas de changer d'emploi. Je me suis heurtée aux nouveaux codes, aux nouveaux challenges, au nouveau vocabulaire, aux nouvelles postures. Internet était passé par là. Il y avait des job boards (sites emploi), il fallait s'inscrire via le net, le contact humain était déprécié. Je me suis sentie perdue.


Je n'ai pas eu de CSP (Contrat de Sécurisation professionnelle), mon licenciement ne le prévoyait pas, et je me suis retrouvée seule à devoir faire face. On m'a fait remarquer ma condition de senior à plusieurs reprises lors d'entretiens et ça n'a pas été facile à supporter non plus.


Citation de Margaux Gilquin

Photo by Bethany Legg on Unsplash


Jobijoba : Quelles bonnes astuces avez-vous pu expérimenter lors de vos démarches ? Quels bons tuyaux ? Qu'est-ce que ça vous a appris ?

Pendant plusieurs années, vous enchaînez des petits boulots (baby sitting, démonstratrice commerciale, enquêtrice mystère). En 2014 par exemple, en fin d'allocations, vous décidez de changer de méthode. Vous allez tracter vos CVs dans une salle d'attente de l'aéroport de Roissy, puisque "parmi les voyageurs, il y a bien des hommes et femmes d'affaires". Une semaine plus tard, vous décrochez un job à Londres pour 4 mois.


De bonnes astuces...je ne sais pas vraiment s'il y a des astuces. Je pense qu'il faut changer sa façon de chercher un emploi. Il faut se positionner en offreur de services, en offreur de compétences. Autrement dit ne pas juste évoquer que l’on cherche un emploi, mais expliquer ce qu’on peut offrir en termes de compétences, selon chaque besoin d’entreprise. Ce que cela m'a appris ? A ne pas rester seule. Que ce qui m'arrive n'est pas de ma faute. Que nous sommes nombreux dans cette situation et qu'il faut s'adapter.


Jobijoba : Margaux, un message à faire passer à nos utilisateurs ?

Croyez en vous. Prenez soin de vous. Accordez vous des pauses, de la douceur. Lisez le maximum de livres concernant la recherche d'emploi, je pense à "Déjouez les pièges des Recruteurs", de Christel de Foucault. Rapprochez vous de groupes tels que Madircom qui organise une fois par mois une rencontre en fin de soirée autour d'un thème. Allez à des soirées de réflexions. Rencontrez les autres. Echangez, réseautez au maximum. Ne restez pas seuls.


Rappel texte de loi sur la non-discrimination à l'embauche


Comme nous le rappelle Margaux, n’oubliez pas, l’un des avantages d’un salarié de plus de 50 ans est la disponibilité. Plus d’enfant en bas âge à charge, la disponibilité est plus importante.


En mai dernier, Margaux a terminé un CDD de six mois pour Myriam El Khomri, rencontrée après la publication son livre. La ministre du Travail lui avait demandé de réaliser une étude sur les raisons du sous-emploi des seniors... Margaux a plus d'une idée pour faire avancer la situation. En attendant, retour au système D.


Le livre Le dernier salaire, chez XO Editions (avril 2016)
a été récompensé via le Toit Citoyen, en mars 2017, en obtenant le prix du Meilleur Ouvrage sur le Monde du Travail.


Bravo et merci Margaux !


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29/08/2017
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Fred le 12/09/17
Bonjour à tou(te)s,

50 ans, sur la voie de garage depuis 19 mois, et encore 17 années à travailler pour une hypothétique retraite à taux plein.
Notre société marche sur la tête...
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Sylvie le 11/09/17
et nous sommes nombreux dans ce cas !! qu'est à dire à 56 ans avec 35 ans de carrière dans les Ressources Humaines, du professionnalisme et des compétences je ne suis même pas retenue comme conseillère à l'emploi chez pole emploi !! j'ai eu l'impression que le responsable à eu peur de mes compétences c'est lamentable et j'ai l'impression d'être obsolète, bonne à plus rien...et pourtant comme vous le dites si bien : disponible, compétente, motivée, volontaire et toujours non aux entretiens même à bas salaire...et les allocations qui diminuent drastiquement, faut il compter sur nos familles pour subsister ? j'ai l'impression d'avoir tout donné pour rien... et pourtant j'y crois encore, alors bon courage à nous tous et toutes et merci pour ces commentaires qui nous soutiennent nous ne sommes pas les seuls....
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Martine le 08/09/17 le 08/09/17
Je suis aussi dans le même cas. 56 ans et plus de travail depuis 3 ans. Pour un emploi, je correspondais au profil avec toutes mes compétences et mes connaissances, mais je n'ai pas été retenu. J'ai demandé "C'est à cause de mon âge ?". Je vous donne en mille ce qu'il m'a été répondu "Euh, euh". Ce qui veut bien dire que passé 50 ans nous sommes trop vieux pour travailler. Mon père, comptable, a été en retraite en 1980 avec près de 2300€ (francs en euros) de retraite après 42 années de travail. Mais nous, combien allons-nous avoir ? Surtout pas autant, mais bien moins que ça. Merci à ce gouvernement de M...E qui fait tout pour que notre pays s’appauvrisse et dépense notre argent n'importe comment, en aidant les autres pays et non pas nous FRANÇAIS. Je pense qu'il va bientôt avoir une révolution
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