Contexte du recrutement et définition de poste :
L'entreprise Petrobras a reçu lundi 20 octobre 2025 l'autorisation d'exploitation délivrée par l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (dit "Ibama"), pour le forage d'un puits d'exploration en eaux profondes à l'embouchure de l'Amazone, à la frontière de la Guyane française. Parmi les 16 forages prévus par Petrobras, l’un serait situé à 175 km de l’extrême nord des côtes de l'Amapá. Ce forage d'exploration débouchera sans aucun doute sur une exploitation, ces recherches s’inscrivent dans le contexte de récentes découvertes de gisements d’hydrocarbures au large du Guyana et du Suriname, dans les eaux du plateau des Guyanes.
Côté brésilien, malgré les oppositions locales, cette annonce est vécue comme une aubaine économique (1); et donne lieu par anticipation au développement d'infrastructures d'accompagnement de l'exploitation.
Côté français, les retombées économiques côté guyanais risquent de se faire attendre, plusieurs modélisations montrent un risque important de pollution des côtes. Poussée par le courant Nord-Brésilien, les vents, la houle et les courants de marées, une pollution aux hydrocarbures pourrait s’échouer sur le littoral guyanais en 72 h selon certaines estimations.
Les impacts environnementaux et socio-économiques d'une telle pollution seraient considérables : les mangroves et leurs écosystèmes associés seraient les premiers impactés. Les mangroves de Guyane occupent 700 km² et couvrent 80 % du littoral guyanais ; on y dénombre pas moins de 100 espèces d’ichtyofaune et 34 espèces de crustacés et décapodes. Ces milieux particuliers permettent l’existence d'une biodiversité remarquable et de ressources halieutiques abondantes qui dépendent complétement de ces écosystèmes. Elles constituent également un reposoir pour les oiseaux littoraux. Outre leur caractère emblématique, elles jouent des rôles écosystémiques critiques par la constitution de zones d’alevinage, de frayère et de nurseries pour les larves et juvéniles de nombreuses espèces, ce qui leur confère un rôle majeur pour les ressources halieutiques guyanaises. Enfin, elles atténuent l'érosion du trait de côte, représentent un stockage de carbone et de nombreux autres services.
La littérature (2) montre que le pétrole peut fortement impacter les mangroves et leur biodiversité et rendre inopérants les services écosystémiques. La durée et les effets dépendent de la nature, de la toxicité et de la quantité déversées dans le milieu. Les retours d’expérience de cas d’accidents de grande ampleur (delta du Niger, Panama, Indonésie) avec destruction totale des mangroves ont montré que les impacts peuvent se ressentir pendant plus de 30 ans. Une marée noire peut, malgré l’existence d’un potentiel auto-épurateur naturel, entraîner des modifications importantes et durables du fonctionnement des écosystèmes à mangrove et plus largement sur les écosystèmes littoraux et marins.
À ce stade, il est difficile de prédire les conséquences économiques, sociales et sanitaires du développement d’une telle activité pour la rive française de l’Oyapock. Toutefois il est admis qu'il existe des liens très étroits et interdépendants entre ces écosystèmes et l'humain. La destruction des écosystèmes côtiers, notamment les mangroves et des espèces aquatiques associées représente un risque économique certain pour le secteur de la pêche et un enjeu de sécurité sanitaire pour les populations locales dont l’alimentation principale est fournie par les ressources halieutiques présentes dans le milieu fluvial et maritime.
Missions :
La mission consiste à proposer une hiérarchisation des enjeux de protection en cas de marée noire. Les enjeux à considérer sont de plusieurs nature : les enjeux autours des socio-écosystèmes que représentent les estuaires, les mangroves et les espèces associées dont les pêcheries dépendent et en conséquent la sécurité alimentaire d'une partie de la population guyanaise ; les enjeux espèces patrimoniales et/ou en danger (statut UICN) et leurs habitats, notamment dauphins côtiers (sotalie) et tortues marines dont la saisonnalité est à prendre en compte dans l'évaluation du risque ; les enjeux paysager et touristique ; les enjeux transport maritime ; les enjeux évolution des risques naturels (sécheresses, inondations) en cas de perte de fonctionnalité des zones humides ; etc. Cette analyse doit viser à qualifier et quantifier les enjeux associés aux plages, estuaires, mangroves, îlets rocheux et des zones humides. Sans occulter la dimension patrimoniale, cette analyse se focalisera notamment sur la quantification des services écosystémiques avec des estimations chiffrées. En effet, les services écosystémiques, en tant qu'ils sont fournis gratuitement par les écosystèmes, sont souvent ignorés des analyses économiques. Leur défaillance n'en est pas moins critique pour les économies locales, la santé publique, les bonnes conditions sanitaires de la population, la sécurité alimentaire, risque naturels.
Plusieurs méthodes sont envisageables, l'un des enjeux de la mission consistant à proposer et tester une méthode de hiérarchisation. À cet effet, vous réaliserez un état de l'art des connaissances sur les différents milieux estuariens susceptibles d'être détruits ou altérés par ces pollutions, ciblant notamment les services écosystémiques rendus. Sur la base des scénarios de pollution identifiés (3), vous estimerez l'impact probable sur les écosystèmes, à court terme et à moyen-long terme selon les connaissances disponibles. Vous recenserez les filières économiques dépendantes de ces services écosystémiques et calculerez l'impact d'une pollution sur celles-ci. Sur la base de vos connaissances et des échanges avec les parties prenantes, vous estimerez le coût de protection de ces différents écosystèmes, également les coûts pour le territoire qu'engendrerait une inaction et construirez une analyse coût-bénéfice de chaque protection avec un objectif de hiérarchisation opérationnelle.
Dans un premier temps, vous réaliserez un état de l'art sur la modélisation des services écosystémiques et sur les fonctionnalités écosystémiques impliquées, à en alternant entretiens et recherches bibliographiques. Vous rédigerez une démarche réalisable dans le temps imparti et dimensionnerez la portée de votre travail en accord avec votre encadrement.
Dans un second temps, vous mettrez en oeuvre cette démarche pour produire une restitution et formuler des préconisations. Le livrable pourra prendre la forme d'un rapport de stage, selon les exigences pédagogiques.
Enfin, vous réaliserez un rendu de votre travail auprès des partenaires impliqués.
Le stagiaire travaillera au sein du service PEB, en lien avec les unités UB et UEEP. Il est attendu du candidat qu'il mène un travail transversal associant les autres services de la DGTM (TECT, AMLF, OMF, EMIZ...), et les autres acteurs du territoire (structures de recherche, socio-professionnels, associations, collectivités).
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Modalités :
• Stage d’une durée de 4 à 6 mois
• Basé en Guyane
• Démarrage souhaité en avril 2026
• Stage indemnisé selon législation en vigueur
Envoi des candidatures (CV + lettre de motivation)
Recrutement au fil de l'eau
Contact :
Aurélien GILLARD
+594 594 21 42 75
Franck GOURDIN
+594 594 39 53 50
Profil recherché :
Compétences :
Compétences techniques :
• Formation en économie de l’environnement, géographie, écologie de niveau master, école d'ingénieur; spécialisation milieux tropicaux appréciée, spécialisation quantification des services écosystémiques très appréciée
• Compréhension des enjeux liés à la pêche, à la biodiversité, à l’économie, à l’aménagement du territoire
• Aptitude à réaliser une synthèse bibliographique
• Aptitude à prospecter et réaliser des entretiens
• Aptitude à rédiger une méthode de modélisation sur la base des entretiens et de la bibliographie
Compétences transversales :
• Sensibilité aux enjeux environnementaux et à la protection de la biodiversité
• Esprit de synthèse, capacité à intégrer une approche multifactorielle
• Capacités de modélisation
• Capacité rédactionnelle
• Rigueur et aptitude organisationnelle
Compétences relationnelles :
• Bon sens relationnel, autonomie et initiative dans la prise de contact
• Savoir rendre compte et échanger
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