Résumé du projet : Il existe des normes nationales et internationales de l’insupportable et de l’intolérable, y compris dans les violences extrêmes. Qualifier des atrocités de “génocide” exprime, de nos jours, une condamnation morale, juridique et politique dans un langage universellement compris et mobilisable. De telle normes font défaut dans le domaine du changement climatique, où les catégories d’écocide ou de postéricide ou autres termes analogues ne sont pas passés dans l’usage.Pourtant le nombre de victimes attribuables au changement climatique est en augmentation et il y a, d’ores et déjà, des données robustes attestant une corrélation entre augmentation des températures et augmentation des troubles mentaux, dont les taux de suicide. Ce phénomène est encore mal connu et mal expliqué, mais il pose la question du manque d’un vocabulaire ou d’un point de référence pour dire un intolérable individuel ou collectif. On s’attachera notamment à déterminer si le facteur est la canicule en tant que telle ou la place de la canicule dans un continuum avec les sècheresses et incendies.Dans une attention aux déterminants sociaux de la santé mentale, l’analyse combinera philosophie, psychiatrie et sciences sociales de terrain.
On vise à analyser le langage ordinaire des évaluations du changement climatique et les expressions de l’insupportable et de l’intolérable, sans préjuger de leur catégorisation affective ou médicale (troubles mentaux, voire suicide), politique (choix électoraux), sociale (repli ou mobilisations solidaires), existentielles ou de choix de vie (déménagement ou engagement).
Description, enjeux, résultats et impacts scientifiques sociétaux et/ou économiques escomptés :
Le projet vise à explorer le caractère multidimensionnel, et relativement dépourvu de normes reconnues, du sentiment et de l’expression de l’insupportable et de l’intolérable face aux conséquences du changement climatique, ne permettant pas de distinguer ce qui ne peut pas être supporté et ce qui ne doit pas l’être. Ce caractère multidimensionnel s’étend des limites physiques (une chaleur insupportable) à des limites morales, existentielles ou politiques.
Le premier but est donc de contribuer à un langage de la morale, voire de la justice, des conséquences du changement climatique à des échelles locales, peu usuelles dans le développement des théories de la justice climatique, d’avantage axées sur des échelles internationales et sur les causes plutôt que sur les conséquences des CC.
Le deuxième but est de contribuer à une meilleure caractérisation des affects et troubles mentaux face au changement climatique, trop vite enfermés dans la catégorie d’éco-anxiété, peu pertinente car trop limitée à une anxiété envers le futur (au détriment de l’effroi, de l’accablement…) et supposant une conscience écologique.
On vise une meilleure compréhension de l’impact des changements climatiques sur la santé mentale des agriculteurs, catégorie socio-professionnelle connaissant un plus fort risque de suicide et une plus grande exposition au CC. Cette combinaison de risque est aujourd’hui largement méconnue, les études sur l’impact négatif du changement climatique sur la santé mentale des agriculteurs négligeant les aspects de justice sociale et les déterminants sociaux ou ‘climatiques’ de la santé mentale.
Le troisième but est méthodologique : il s’agira de parvenir à des dispositifs d’enquêtes novateurs sur la perception de l’intolérable, combinant les approches conceptuelles de la philosophie, les méthodes de spatialisation de la géographie sociale, celles de la psychopathologie et de la linguistique, afin de nourrir l’observatoire des inégalités climatiques et la mise en place de cartes participatives.
Activités principales
- Contribution à l’élaboration d’une méthodologie d’enquête adapté (voir supra)
- Réalisation d’enquêtes de terrain sur les lieux choisis :
en priorité les parties de l’Aude touchées par les incendies de l’été 2025 et/ou par l’enchainement sècheresses, canicules, incendies, inondations, tempêtes…
Des entretiens ou observations seront à réaliser avec des sinistrés, des personnes représentatives ou médiatrices (maires, médecins, présidents d’associations, etc.), des élus municipaux et services de secours (pompiers, etc.)
- Mise à disposition des données de terrain (transcripts d’entretiens, de cartes mentales et cartes sensibles)
- Analyse des données obtenues
- Travail en équipe avec les chercheurs Foresee, notamment basés sur Lyon3 (EC, IG, post-doc)
- Contribution à l’observatoire des inégalités
- Rédaction d’’un rapport et/ou de publications scientifiques
- Contribution à des activités de restitution et de médiations scientifiques ; à des échanges et débats publics auprès des acteurs concernés (Service de l’État dans le département de l’Aude, PNR Corbières Fenouillèdes, communes touchées par les incendies, associations locales)
Activités associées
- Poursuivre le travail entrepris sur les élections municipales de 2026 dans l’Aude lors des campagnes présidentielles et législatives de 2027
- Contribuer au développement de formations : personnels de santé, élus municipaux, responsables de la communication, …
- Contribuer à une meilleure prise en charge des troubles mentaux associés au CC
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